créée le lundi 31 août 2020, 8 h 20
modifiée le lundi 31 août 2020, 8 h 49
Plieux, dimanche 30 août 2020, minuit.
Les fous doivent avoir des nerfs d’acier, pour supporter l’unanimité de la raison. J’y pense à propos de l’“affaire Obono”, ou peut-être plutôt l’“affaire Valeurs actuelles”, qui occupe tous les claviers depuis hier.

Valeurs actuelles a contre lui tout le monde, jusques et y compris Valeurs actuelles, dernièrement. Tout se passe exactement comme sous la Terreur : qui ne s’empresserait pas de condamner explicitement les accusés serait immédiatement accusé, et tout aussitôt condamné, à l’opprobre et à la mort civile, à défaut de la guillotine. En conséquence ce n’est qu’un énorme cri d’indignation horrifiée, qu’on entend s’élever contre le magazine, des Insoumis et au-delà jusqu’au Front national et au-delà, avec pour orchestrateurs je ne sais quelle Ligue de défense des noirs de France, qui a débarqué aux bureaux de la rédaction pour y tenir avec porte-voix des propos incendiaires, sur la mort de la France ancienne, celle du général de Gaulle, et sur le respect que les noirs sauront bien imposer à la nouvelle, qu’elle le veuille ou non. Même l’ancien directeur général du journal, Yves de Kerdrel, déclare qu’il est scandalisé par lui, et que d’ailleurs cet hebdomadaire a pris un tour détestable depuis qu’il ne le dirige plus. Il n’est pas jusqu’à l’actuel responsable de la rédaction qui ne présente des excuses et ne déclare que le magazine a eu tort, puisqu’il n’a pas su se faire comprendre.

Or quel est son crime ? Il publie depuis plusieurs semaines, en guise de roman de l’été, un feuilleton à épisodes qui projette dans des situations historiques diverses une personnalité politique actuelle, chaque fois différente. Cette semaine c’était la députée Insoumise Danièle Obono, transplantée dans la terrible Afrique esclavagiste du XVIIIe siècle. Le roman est illustré. On y voit Mme Obono en esclave, avec des chaînes et un collier de servitude. Tel est l’objet du scandale : Valeurs actuelles a représenté une députée française noire en esclave. C’est du plus ignominieux racisme.

Mais pourquoi ? En quoi ? Aujourd’hui quelques voix commencent à se poser la question, mais la nuit dernière il n’y avait pour le faire que l’imprévisible député Joachim Son-Forget et moi (je laisse de côté les quelques pénibles habituels qui jugeaient que l’esclavage était encore trop bon pour Danièle Obono). Les noirs de France et d’Europe, et ceux d’Amérique aussi bien, je suppose, ne laissent pas passer une heure sans rappeler l’esclavage, qui est avec la colonisation, estiment-ils, le fondement de leur droit à coloniser l’Occident, et à y exiger toujours plus de droits, quitte à en devenir les maîtres. On les prend au mot : de quoi peuvent-ils se plaindre ?

Le dessin qui est au centre de la polémique (ce n’est d’ailleurs même pas une polémique, puisque tout le monde est du même côté, celui des indignés automatiques) n’a absolument rien d’une caricature. Il est infiniment plus respectueux de la personne que les horribles et répugnantes pochades de Charlie-Hebdo et de feu Hara-Kiri. On me représenterait poliment en esclave des Barbaresques au XVIIe siècle, moi, il ne me viendrait pas à l’idée de me sentir insulté, ou humilié. D’ailleurs quelle honte y a-t-il à être figuré en victime ? C’est d’être figuré en bourreau qui est déshonorant. Si Mme Obono avait été montrée en marchande d’esclaves, je conçois qu’elle eût pu s’émouvoir. Mais en esclave ? Dans notre civilisation, Dieu merci, et dans la civilisation en général, je crois bien, il n’y a aucune honte à être victime, bien au contraire. Je n’ai jamais compris pour ma part qu’on puisse en voir à être violée, par exemple, ou violé. Ce sont les violeurs, qui sont déshonorés, pas les violé(e)s. Tout sentiment contraire relève de la pensée magique, et, en l’occurrence, de la barbarie, comme en témoignent ces pays où l’on lapide les femmes violées, et où leurs familles ne veulent plus les recevoir, ni leur dépouille.

Mais la pensée magique ne cesse de gagner du terrain, comme fait de plus en plus la barbarie, avec la conquête. On le voit assez aux égorgements quotidiens, et autres violences occupantes, protégées par la loi tacite mais resplendissante de la préférence occupante, et que le Cloaque ne mentionne pour ainsi dire plus, tant ils vont sans dire (une légère contrariété de la colonisation, inévitable). Comme l’écrivait spirituellement, pour décrire notre situation, un twittos dont malheureusement j’oublie le nom, ou le pseudonyme : notre régime c’est un État, deux droits — celui des occupants, celui des occupés. La députée Obono insulte incessamment la France et veut la niquer ; mais pour le Cloaque unanime la tragédie c’est que cette dame soit représentée en esclave, alors que l’esclavage forme avec la colonisation la plus précieuse part du capital victimaire en permanence revendiqué par l’occupant.

Toutes ces évidences crèvent les yeux. Le négationnisme de masse est l’art chaque jour plus improbable de ne les reconnaître pas. Chez ceux qui le soutiennent de bonne foi, et qui sont peut-être la moitié des indignés unanimes d’aujourd’hui (les autres voyant très bien ce qui se passe, et le taisant par intérêt, ou par peur), on ne peut que supposer une maladie de la raison. Seule une gigantesque névrose collective, entée bien sûr d’un formidable désir de mort d’un côté, désir de meurtre de l’autre, peut expliquer qu’une gent médiatico-politique qui ne voit rien à redire sérieusement aux insultes ordurières à la France et aux vrais indigènes de la députée Obono et des faux soit soudain persuadée que cette dame est traînée dans la boue du plus immonde racisme, alors qu’elle n’est nullement insultée, et qu’elle se trouve mille fois plus délicatement traitée, même, qu’elle ne traite le pays conquis, et ses infortunés habitants.  

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