créée le mardi 2 juin 2020, 12 h 22
modifiée le mardi 2 juin 2020, 13 h 30
Plieux, lundi 1er juin 2020, une heure et demie du matin (le 2).
Plus je pratique la Révolution française et Michelet, plus j’éprouve d’antipathie pour l’une et pour l’autre — enfin, non, je ne ressens pas d’antipathie à proprement parler à l’égard de Michelet, que je crois être de bonne foi, sans doute, même quand il force un peu la vérité, par passion ; mais je ne lui pardonne pas sa complaisance envers les buveurs de sang.

Soit ce discours de Danton à la Convention tout juste élue, le 25 septembre 1792. Ce morceau d’éloquence est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un discours de paix, officiellement, ou qui se voudrait tel. On est au lendemain des pires massacres de Septembre : les massacreurs sont dans la salle, dans les tribunes sinon sur les bancs de l’Assemblée. Le moindre mot de travers peut vous coûter la tête ; et plus encore le moindre mot juste, droit, honnête, courageux, viril, raisonnable. Voici que l’homme le plus puissant de l’heure prend la parole : il s’agit pour lui d’essayer à tout prix de rétablir l’ordre. Il s’y emploie avec adresse et diplomatie, et Michelet lui en sait un gré infini :

« Danton répondit de haut, avec beaucoup de grandeur, et en même temps son discours fut infiniment habile ».

Or que déclare le quasi-dictateur, très en passant, contre ceux qui le soupçonnent de vouloir le devenir tout à fait ?  Je ne peux pas mettre d’italique, car Michelet — qui, au demeurant, cite inexactement, je crois bien — l’a fait lui-même, d’ailleurs aux endroits les plus singuliers. Je vais souligner, littéralement, pour ne pas interférer avec ses propres interventions :

«  Que cette discussion profite à la France. — Portons la peine de mort contre quiconque se déclarerait pour la dictature ou le triumvirat… — On prétend qu’il est parmi nous des hommes qui ont l’opinion de vouloir morceler la France ; faisons disparaître ces idées absurdes en prononçant la peine de mort contre leurs auteurs. La France doit être un tout indivisible. Elle doit avoir unité de représentation. Les citoyens de Marseille veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. Je propose donc la peine de mort contre quiconque voudrait détruire l’unité en France, et je propose de décréter que la Convention nationale pose pour base du gouvernement qu’elle va établir : l’unité de représentation et d’exécution. — Ce ne sera pas sans frémir  que les Autrichiens apprendront cette sainte harmonie. Alors, je vous le jure, nos ennemis sont morts. » 

Elle est belle, la “sainte harmonie” ! C’est “l’Air des cartes” : la mort, la mort, toujours la mort ! La mort est partout, elle tranche de tout, il n’y a contre elle qu’une seule arme : la mort. C’est à peu près comme si l’on déclarait passibles de la peine de mort tous ceux qui en seraient partisans (et ceux qui lui seraient hostiles aussi bien). Contre les fauteurs d’idées absurdes (c’est-à-dire toutes celles qui n’ont pas l’heur de plaire), une seule méthode : le tranchant du glaive, ou celui de la guillotine. Ces gens sont fous : la mort est au bout de chacune de leurs phrases. Que dis-je, au bout ? Elle en est aussi à l’orée, c’est elle qui l’ouvre et qui la ferme. Et ce serait folie de croire qu’on est ici dans la pure rhétorique. Quand ils disent la mort, ces orateurs veulent vraiment dire la mort, la vraie mort : la plupart d’entre eux vont l’infliger ou l’éprouver dans les semaines ou les mois qui viennent — à commencer par Danton lui-même, qui est loin d’être le plus sanguinaire (l’abominable Marat vient d’être élu, lui aussi, et le sinistre Robespierre attend son heure, comptant les coups). 

Mais qu’a-t-il bien pu arriver à cette génération d’hommes, à toute leur époque (en France, seulement en France, j’allais écrire hélas, pour l’honneur du pays) ? Quelle abomination est entrée dans leur sang, pour qu’ils soient disposés à le verser ou faire verser à si bon compte, le leur et celui des autres ? Oh, je ne les admire pas, non, pas du tout. Contrairement à Michelet je ne vois en eux aucune grandeur, et pas la moindre noblesse. Ils me font horreur et pitié.

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