créée le dimanche 30 septembre 2018, 10 h 20
modifiée le dimanche 30 septembre 2018, 10 h 24
Plieux, samedi 29 septembre 2018, minuit.
Un texte de Jérôme Vallet, très juste, comme d’habitude, sur l’invraisemblable sidération dont paraissent frappés notre pays et notre peuple, et toute l’Europe avec eux :

« J’ai sans doute tort, je suis même certain d’avoir tort, mais je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à regarder cette vidéo insoutenable où l’on voit – semble-t-il – un Français se faire assassiner par de la racaille rigolarde qui jouit emphatiquement de sa violence. Comment faites-vous pour regarder une chose pareille ?

« C’est typiquement le genre de “fait divers” dont on ne comprend absolument pas qu’il ne provoque pas immédiatement un vacarme médiatique assourdissant, que la nation entière ne se dresse pas comme un seul homme pour crier son dégoût et poursuivre les fumiers qui se sont rendus coupables de ces atrocités avec des fourches et de la corde. Mais non, le ronron continue comme si ne rien n’était. Ce n’est rien qu’un “fait divers” de plus à verser au grand livre sanguinolent et silencieux qu’est devenu notre pauvre pays.

« Bien entendu, ça n’a rien d’un fait divers, tout le monde le sait. Et c’est précisément parce que ce n’est pas un fait divers que l’information ne provoque qu’un émoi très circonscrit, réservé à ceux qui “s’abonnent à ce genre de fait divers”, à ceux qui continuent malgré tout à vouloir savoir. La parole est gelée, atrophiée, elle reste au fond des gorges. On ne fait plus de différence dans l’horreur. S’installe progressivement une sorte de niveau moyen d’atrocité, qui recouvre la réalité d’une glu mentale suffocante. Aldo Stérone en parlait il y a déjà des mois, c’est le syndrome algérien (au début, on compte, puis, très vite, on ne compte plus). On s’habitue, l’effroi devient une seconde peau, qu’on endosse chaque matin par routine et par précaution. Il y a quelques mois encore, on pouvait en parler, parce qu’on en parlait au futur et qu’il semblait qu’on devait alerter, jouer du tam-tam, mais maintenant que c’est là, bien là, bien incrusté dans la réalité quotidienne purulente, on ne sait plus quoi en dire, et on a envie de se taire.

« Il n’y a plus de mots. »

voir l’entrée du samedi 29 septembre 2018 et son image dans Le Jour ni l’Heure

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